Permaculture et Démocratie

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Jérôme Thierry - Passionné depuis des années de permaculture et d’intelligence collective, il a co-fondé l'association Céret-en-transition et organisé deux Permacamp. Après avoir travaillé dans les énergies renouvelables, il a participé à la création d’une école démocratique et s'est plus récemment enthousiasmé pour la monnaie libre.
Jérôme propose des formations immersives à Pourgues autour de la Permaculture et de la gouvernance démocratique.

 

Comment et pourquoi la permaculture et la démocratie se rejoignent dans cette aventure particulière du Village de Pourgues ?

D’un côté nous avons la démocratie.

Un terme largement utilisé dans notre civilisation et qui nous en laisse une fausse compréhension. (nota bene : une démocratie représentative n’étant ni directe, ni réelle). À Pourgues, comme dans les écoles démocratiques, elle est mise en place par un cadre, une gouvernance, qui entend défendre  la liberté de chacun à participer égalitairement aux décisions, et empêcher une autre autorité que celle du collectif s’exercer, protégeant ainsi chaque individu d'une prise de pouvoir, putsch et autres violences autoritaires.

D’un autre côté, nous avons la permaculture et son très large spectre.

Là encore, il s’agit d’une notion souvent mal comprise car tellement large, globale et conceptuelle que son approche en quelques vidéos ou conférences ne suffit souvent pas à en comprendre la profondeur d’intrication possible avec… presque tout !

De par mes rencontres, ceux qui me semblaient avoir saisi le fond du sens de la permaculture ont tous eu cette impression que cette notion venait réunifier des tas de domaines, considérés différents ou à différencier, en un projet ou une action extrêmement cohérente.
(idée bien illustrée par un des principes identifiés par les pères du concept, Bill Mollison et David Holmgren, ci-contre : Intégrer plutôt que séparer).

Vous l’avez donc peut-être aussi compris, cette notion n’est ni une manière de pratiquer le jardinage, ni une technique agricole ou managériale, ni une façon de bâtir une maison écologique ou une économie locale, et on va aller jusqu’à dire que la permaculture n’est simplement qu’une science systémique, cad une étude et une approche de tous types de système par la prise en compte de l’ensemble de ses caractéristiques et objectifs. On ne va donc pas dire "pailler son jardin c’est perma", mais peut-être : avoir pensé à mettre la mare proche du potager, à l’ombre d’un sureau attracteur de pollinisateurs et générateur de biomasse, le tout non loin de la maison et de la zone de compostage utile à sa fertilité, avec des chemins piétons faits de bois broyé, bloquant herbes folles et facilitant la prolifération du réseau mycélien bénéfique à presque toutes les plantes, etc, etc.

On comprend aisément alors que designer (verbe et francisation du terme design = concevoir, planifier, organiser) nécessite un minimum de connaissance des éléments qui font d'un système ce qu'il est ; dans mon exemple : les diverses fonctions d’un arbre, d’une mare ou d’un compost, mais aussi les besoins des plantes, de leur manière d’interagir avec leur milieu, etc… , sans oublier d'avoir questionné ce que le jardinier cherche à obtenir de sa création.

Mais alors qu’en est-il de ce rapprochement entre la démocratie, une technologie organisationnelle, et la permaculture, une science systémique ?

Tout comme le maraîchage sur sol vivant est une proposition de réponse permacole à une intention de produire des légumes en portant une attention éthique à la Nature et à l’Homme, ou que la Monnaie Libre est une proposition permacole de mise en œuvre d’un outil d’échange respectant ces mêmes principes et éthiques ; la démocratie est selon moi la plus pertinente manière, actuellement disponible, d’organiser et faciliter l’interaction sociale entre êtres humains, et de bâtir une société riche du merveilleux de chaque individu.

La démocratie que nous avons mise en place au Village de Pourgues répond aux caractéristiques de l’espèce humaine, notamment, d’après moi : dans son besoin permanent d’évolution, donc d’émancipation, dans son caractère hautement social où les interactions sont le fil qui tisse toute sa culture, dans ses besoins fondamentaux que seraient, outre la nourriture et l’air, la sécurité physique, psychique et affective, ou encore dans son besoin de cohésion dès lors que décisions et choix doivent être faits pour un grand nombre.

Et c’est même là le génie de ce "good design !", car les "inventeurs" du concept de démocratie ont su mettre en place un système extrêmement intelligent et éthique, au-delà de ce qu’aurait permis une approche clivée ou non holistique, en conservant la notion d’autorité, pour définir et maintenir un cadre commun, en la remettant entre les mains de tous, et donc pas d’un seul ou d’une minorité.

Le concept de démocratie que nous vivons à Pourgues au quotidien est donc un excellent exemple des principes de la permaculture appliqués au challenge d’un projet de vie collective. Cela aura nécessité entre autres : de cerner comment un individu se construit au mieux, de sa naissance à sa mort, et de la nécessité d’un cadre commun totalement transparent et dont la modification est à la portée de chacun indifféremment de son âge, sexe ou couleur de cheveux.

Nous avons ainsi donné vie à un système, un organisme, un "nous", qui répond à nos besoins et sert très efficacement nos objectifs de liberté, de bien être, d’évolution individuelle et collective.

J’ai en tous cas l’impression, après un an et demi de vie collective, que nous relevons avec un grand brio le challenge du vivre ensemble, probablement une pierre angulaire indispensable à la résilience dans un monde qui s’essouffle de division, d’autoritaire et de désengagement.


Et vous, comment designez-vous vos vies ?