L'éducation démocratique c'est quoi? Episode 1 : une nouvelle considération de l’enfant

Au village de Pourgues, nous avons fait le choix d’une éducation particulière, hors du commun que nous appelons “l’éducation démocratique”. Cette vision éducative est issue des écoles démocratiques qui ont vu le jour il y a maintenant presque 100 ans. Nous considérons notre village comme un lieu d’apprentissage pour tous et avons fait le choix de cette approche éducative singulière.
Mais qu’est-ce que l’éducation démocratique? Vaste question. J’écrirai plusieurs articles pour bien comprendre et s’approprier cette vision éducative révolutionnaire.

L’éducation démocratique n’est pas une méthode ou une nouvelle pédagogie.

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C’est une nouvelle définition de l’enfant : il est une personne à part entière.

De ce fait, il fait ses propres choix tout au long de sa vie sans pression extérieur et il dispose des mêmes libertés, du même respect et des mêmes responsabilités que les autres personnes, quel que soit son âge.
Cette définition n’est pas juste une succession de mots mis les uns à côté des autres pour faire joli ou pompeux. Elle demande un bon nombre de remises en questions de nos croyances, elle a de nombreuses implications dans notre quotidien, et entraîne de nombreux enjeux pour l’avenir.

Dans un festival dédié à l’innovation en éducation qui aura lieu en février 2019, j’ai pu lire ceci : “l’éducation sans violence, quelques astuces pour faire obéir les enfants en douceur”. Voilà ce que cache parfois la non-violence : de la manipulation douce pour atteindre notre objectif ultime : l’obéissance. Je l’ai longtemps pratiquée pensant bien faire…


Tant que l’adulte vise l’obéissance, il n’y a pas de bienveillance et de non-violence.

L’éducation démocratique abandonne l’idée d’obéissance. L’éducation démocratique vise une nouvelle considération de l’enfant.  L’adulte ne cherche plus l’obéissance, il cherche à respecter l’enfant quel que soit son âge et dans toutes les situations. Les termes “adulte”  et “enfant” deviennent même obsolètes : ce sont juste des personnes de tout âge qui vivent ensemble avec des caractéristiques, des centres d’intérêt et des compétences différentes. Ainsi, “l’enfant” peut être considéré comme un ami, un collègue, un parent avec qui nous essayons de cohabiter dans une recherche permanente de respect mutuel.

J’aimerais illustrer ces propos avec 3 situations réelles que j’ai pu observer dans des jardins d’enfants. Ces exemples pourraient sembler anecdotiques à première vue. Aujourd’hui je suis convaincue que tout se joue dans le subtil car la considération de “l’enfant” comme un individu à part entière est soit totale soit inexistante. L’entre-deux n’a pas de sens pour la considération, le respect ou la liberté. C’est donc en étant vigilant à ces petits riens au quotidien que nous accédons petit à petit à cette nouvelle considération de “l’enfant”.

Situation 1 :
Un père et son fils jouent à la balle au parc. Le père s'interrompt régulièrement pour répondre à ses mél et sms sur son téléphone. Le petit garçon s’impatiente et se fâche : “Mais papa, tu joues ?!!”, “Mais papa, arrête de regarder ton téléphone !”
La scène se poursuit pendant 10 min : le père tire dans le ballon, regarde son téléphone, laisse passer le ballon pour pianoter quelques secondes, puis retire dans le ballon les yeux rivés sur l’écran. Son fils fronce des sourcils et souffle. Vexé, il finit par s’asseoir les bras croisés avec a une mine frustrée et agacée. Le père lève la tête et dit : “Ben alors, tu joues!?”
→ Aurions-nous fait la même chose avec un ami ?
Non. Avec cet ami, nous aurions laissé notre téléphone dans la poche ou nous aurions modéré nos échanges mél. Nous nous serions excusé si nous avions interrompu régulièrement la partie. Nous aurions joué réellement au ballon avec lui, en le regardant et en interagissant avec lui. Pourquoi ne pas en faire autant avec un “enfant” ? N’a-t-il pas droit lui aussi à autant de respect et d’attention que notre ami ?

Situation 2 :
Un père et son fils jouent au ballon. Après dix minutes de jeu, tout à coup le père s’arrête, commence à s’éloigner, à ranger leurs affaires et dit : “Nous continuerons plus tard, allons chercher un café et un jus d’orange à la cafète !” Le petit garçon semble surpris et refuse : “Mais non, moi je veux continuer à jouer!.” Le père poursuit sans regarder le petit garçon : “Nous allons acheter un café pour moi et un jus d’orange pour toi, allez, viens!”. Il prend son sac et part. Le petit garçon s’énerve et à l’air de ne pas comprendre cette histoire de jus d’orange : “Mais non ! Je n’ai pas envie, je veux continuer à jouer, j’en veux pas moi de ce jus d’orange!” Le petit garçon se met à pleurer, puis voyant son père s’éloigner a recours à la violence : il lève la main sur lui en lui disant qu’il n’est pas gentil. Le père s’énerve et lève la main à son tour. La situation a dégénéré.
→ Aurions-nous fait la même chose avec un ami ?
Non. Nous lui aurions proposé d’arrêter le jeu pour aller boire un café et non imposé. Nous aurions attendu sa réponse et non commencé à ranger et à partir. S’il avait refusé, nous aurions trouvé un compromis : “ Jouons encore 15 min puis faisons une pause, qu’en dis-tu ?”
Nous aurions suggéré plutôt que d’imposer. Nous aurions négocié/communiqué dans une recherche de consensus plutôt que d’ignorer son point de vue et ses envies.
Pourquoi ne pas en faire autant avec un enfant ? Son point de vue et ses besoins ne comptent-ils pas autant? La situation entre le père et le petit garçon n’aurait pas dégénéré avec plus de communication et de considération.
 

Situation 3 :
Pendant une réunion familiale, un adulte dit à un enfant de 3 ans : “ Alors maintenant, tu es un grand garçon ou toujours un bébé ?”
Que signifie cette question? Quels messages se cachent derrière une telle question ? Que l’état de bébé n’est pas acceptable dans le monde des adultes et qu’il faut vite en sortir ? Qu’il sera considéré et reconnu par les adultes que lorsqu’il sera grand garçon ? D’ailleurs, que veut dire “être un grand garçon” ? Etre sage, gentil, obéissant, à l’image de ce qu’attendent les adultes?
Le petit garçon n’a pas répondu à l’adulte. Mais que peut-il répondre à une telle question ? Aurions-nous posé ce genre de question à un ami : “Alors Paul, maintenant tu es un adulte responsable ou toujours un ado crétin ?”
Non. Même si nous observions des comportements qui nous dérangeaient, nous aurions plus de tact pour aborder le sujet avec lui, dans le respect de sa personne.

Finalement, à chaque fois que nous sommes avec un “enfant”, nous pourrions nous poser la question suivante :

“Est-ce que je ferais/dirais la même chose avec/à un ami ? “

Si la réponse est non, c’est que nous ne sommes pas sur le point de considérer cet “enfant” comme une personne à part entière.
Cette question, je me la pose régulièrement. C’est mon garde fou qui me permet de tendre vers cette considération totale de “l’enfant”.  

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